Quel est le style de ChatGPT ?
Le Monde
15 août 2025
Tout part d’un article de Frederic Kaplan paru dans Le Monde diplomatique de juillet. Le papier analyse le style – je dirais même la stylistique – de ChatGPT à travers deux figures que Kaplan a identifiées comme récurrentes et qu’il nomme « diptyque pivot » et « tricolon ».
A ces deux figures j’ajouterai quelques traits stylistiques qui caractérisent les textes produits en ayant recours à l’intelligence artificielle.
Un débat intéressant alimenté par les commentaires des internautes sur LinkedIn…
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🤖 Quel est le style de ChatGPT ?
C’est un article de Frederic Kaplan paru dans Le Monde diplomatique de juillet, adressé par mon ami Yesser Oliveira (qui m’appelle familièrement « tonton », et c’est réciproque). Le papier analyse le style – je dirais même la stylistique – de ChatGPT à travers deux figures que Kaplan a identifiées comme récurrentes et qu’il nomme « diptyque pivot » et « tricolon ». Voici ce qu’il en dit (en faisant une répétition sur le verbe « reposer » que l’IA aurait sans doute évitée) :
« Cette « signature » nouvelle repose sur l’usage récurrent de deux figures de style élémentaires. La première consiste à enchaîner deux syntagmes de sens contrastés, selon une structure du type : « Ce n’est pas ceci, c’est plutôt cela », ou encore « Ce n’est pas seulement…, mais c’est aussi… ». L’une installe une attente, une hypothèse ou une croyance ; l’autre la renverse. Appelons cette figure un « diptyque pivot ».
La deuxième structure repose sur un rythme ternaire : une séquence de trois propositions qui s’amplifient ou se complètent. Il peut s’agir de trois verbes, de trois phrases brèves ou d’une montée progressive en trois temps vers une idée plus dense : « C’est un système qui contraint, qui renforce, qui verrouille. » Nommons-la simplement « triptyque rythmique ». »
On le voit bien, en particulier quand on navigue sur LinkedIn : l’infinité de posts rédigés par l’intelligence artificielle utilise ces figures.
J’ajouterai quelques observations sur des tournures qui dénotent un recours à l’IA : la structure avec de nombreux alinéas (une ou deux phrases par paragraphe), parfois agrémentés d’émoticônes, et des phrases nominales, sans verbe conjugué, évoquant un style journalistique, ponctué de questions du type : « Prêt à franchir le pas ? », suivies d’assertions brèves. En rhétorique classique, on appelle cela un « style coupé », semé de « clausules », ces formules lapidaires et conclusives dont Sénèque est réputé abuser (cf. mon Grand livre des punchlines de Sénèque à Nekfeu paru aux Editions First).
En ce qui me concerne, je n’utilise l’IA que sur les réseaux sociaux, pour tenter de synthétiser ou de reformuler un propos : je donne un texte brut que ChatGPT réécrit en utilisant ces figures, empruntées – comme le souligne Frédéric Kaplan – à la rhétorique latine.
La conclusion de cette analyse ? C’est un risque d’uniformisation, bien sûr : que ChatGPT, nourri d’abord de textes générés sur le web, finisse par ne plus se nourrir que de formes régénérées par lui-même, combinant ces figures de style pour produire des textes qui se ressemblent. C’est une forme de capitalisme linguistique.
J’ai deux questions à vous poser : selon vous quels sont les traits stylistiques de Chat GPT ? Et faut-il l’utiliser à toutes les sauces, pour tous les usages ?
✍ A VOS PLUMES, si possible sans IA…